Les
amateurs de sculpture sur argile ont maintenant la satisfaction
de laisser libre cours à leur créativité sans avoir à payer
les frais d'un atelier, et peuvent s'ils le veulent partager leur
passion avec d'autres dans un environnement sécuritaire,
pratique, dans une ambiance agréable et stimulante qui permet le
développement d’une synergie culturelle.
Il est possible de s’initier à l’art sous toutes ses formes, que ce soit la peinture, la sculpture ou même la joaillerie. Mais à la fin des cours, où et comment peut-on continuer son apprentissage et son perfectionnement? Un sculpteur et une entrepreneuse ont créé sur le Plateau un atelier de pratique libre de sculpture sur argile. TerraSculpt est un concept unique à Montréal.
Il n’existe aucune structure permettant de pratiquer librement les arts à Montréal, puisque dans les cours, la création reste dirigée. De plus, rares sont les ateliers d’artistes qui ouvrent leurs portes aux amateurs. Ainsi, la pratique se termine souvent avec la fin du cours. À partir de ce double constat le sculpteur Serge Alarie et l’entrepreneuse Carole Dubarle ont décidé de créer un espace de sculpture libre, entièrement équipé et surtout ouvert à tous.
Un atelier d’artistes pour non-artistes
Il suffit de savoir sculpter l’argile ou de suivre au préalable un cours d’initiation, et, moyennant une cotisation, les portes de l’atelier TerraSculpt vous sont ouvertes.
Les outils sont prêtés, l’argile fournie, le four attend les œuvres et les conseils techniques se passent d’un sculpteur à l’autre. Mais, à côté de la démarche originale de pratiquer librement et en tout temps la sculpture, il y a surtout l’ambiance du lieu. Dans cet immense loft lumineux installé dans une usine désaffectée, alors qu’un cours d’initiation se déroule dans un coin; près d’une fenêtre une femme sculpte, à partir d’une photo, le corps d’une amie enceinte. Et, tandis qu’ un peintre s’affaire à la dernière toile de sa prochaine exposition, le professeur distribue ses conseils, rectifiant une oreille par-ci et arrondissant un œil par-là. À cet instant précis, l’inspiration est presque palpable dans l’air.
«Au début le bloc d’argile devant soi impressionne», avoue une débutante du cours d’initiation; «Que vais-je en faire? Puis on ose, et ensuite, on est totalement pris par les formes qui apparaissent sous nos doigts», des formes qui ne sont pas toujours contrôlées, d’ailleurs. À observer les étudiants dubitatifs devant leur œuvre, on se demande qui, de la sculpture ou du sculpteur, sculpte l’autre.
Ainsi aux sculpteurs reconnus se mélangent des apprentis sculpteurs. Tous les niveaux et tous les styles se côtoient. Et même quelques peintres atterrissent parfois au milieu des bustes et des masques qui décorent l’atelier.
Le sculpteur et la gestionnaire
Serge Alarie est un artiste autodidacte depuis toujours, mais aussi un professeur de sculpture depuis sept ans. Il expose, fait des démonstrations publiques, enseigne dans l’humour. Son talent et son aisance sont, pour le néophyte, aussi désarmants que frustrants. C’est lui qui, le premier, a eu l’idée de former cet espace de création libre.
Carole Dubarle, quant à elle, est une ancienne et non moins jeune informaticienne d’à peine 32 ans.
Grâce à elle, le projet est passé du monde du peut-être au monde du concret.
Comme ils sont amis de longue date, leur duo est plutôt complémentaire. L’artiste et la
gestionnaire.Il a conçu et bâti l’atelier, elle en a fait le plan d’affaires. Il sculpte, elle administre. Il enseigne, elle veille à l’organisation.
Ressourcement intérieur
Pour Carole Dubarle, «l’art, comme moyen d’expression, devrait faire partie de notre vie au même
titre que le travail. Il devrait même être aussi prioritaire que la santé». Elle considère son atelier
TerraSculpt comme «un espace vivant de ressourcement intérieur ou chacun peut venir exprimer, à
travers la sculpture sur argile, ses émotions».
Au fond, l’art n’est-il pas à l’esprit ce que le sport est au corps, une forme d’hygiène de vie? Et, à uneépoque ou les maladies migrent du corps vers l’esprit (en 2020, la dépression sera le problème desanté numéro 1 devant les maladies cardio-vasculaires), «un esprit serein dans un corps sain»devrait être l’ordre du jour de chacune de nos journées. «Mais, ajoute Carole, pour changer noshabitudes de vie et y inclure l’art, il faut se donner les moyens nécessaires». Voilà enfin la véritableraison qui les a poussés tous deux à s’engager dans cet audacieux projet. Finalement, TerraSculpt n’est rien d’autre que leur façon personnelle d’essayer d’améliorer un petit peu le monde actuel.
L’effet Rodin
Sentir autour de soi des artistes qui créent, à toute heure du jour et de la nuit, est aussi stimulant qu’inspirant. Et même si certains ne viennent que pour se détendre, alors que d’autres sont déjà dans
une véritable démarche créatrice, pour tous, la sculpture est avant tout un formidable moyen d’ expression, voir de décompression.
Comment, lorsqu’on pénètre dans cet atelier, ne pas se prendre pour Rodin: la sensualité qui se dégage de l’acte même de sculpter cette terre humide, l’intense concentration des artistes qui tâtonnent, hésitent, fulminent et jubilent. Ne dit-on pas qu’il existe entre le sculpteur et sa sculpture un lien encore plus fort qu’entre le peintre et sa peinture? Tous ces sculpteurs sculptent librement et se disent en secret que, même s’ils ne sont pas tous des Rodin, il y a sûrement du Rodin en chacun d’eux.
Carole et Serge ont mille projets en tête. Prochainement, Serge devrait donner un atelier avec modèle vivant. Et Carole, de son côté, espère qu’elle pourra un jour offrir à des aveugles des cours
de sculpture sur argile. Mais, avant tout, ils vous proposent une journée portes ouvertes le 15
décembre prochain.